Je ne sais pas si je vous l'avais déjà dit, mais je suis plutôt timide
comme personne. Une fois que je connais bien les gens, je passe
sans doute pour quelqu'un d'extraverti, mais la réalité, c'est que je
rougis pour un rien, j'ai toujours peur de faire mauvaise impression
ou de dire une grosse bêtise. C'est pour ça que j'étais angoissée à
l'idée de passer d'un auditoire de quarante étudiants à des cours où
nous sommes six, ... en comptant le prof !
Evidemment, la manière d'enseigner est adaptée, d'autant plus que
nous sommes en Master maintenant, et la participation active n'est
plus en option. Pour parer à cette difficulté de taille, je mets en oeuvre
une foule de techniques longuement réfléchies comme : le regard
sur la feuille, à la recherche de la solution, ou la tête tournée vers mon
voisin, bref, tout pour éviter qu'on se méprenne sur mon sort, qu'on
croie que j'ai la réponse et que je doive prendre la parole pour
balbutier un inaudible "je ne sais pas".
Et pourtant, malgré la piètre estime que j'ai de mes capacités intellec-
tuelles, il s'avère que ces derniers temps, j'ai toutes les réponses. Je
ne vous fais pas le plan habituel de ma grand-mère, qui prétend tout
savoir quand elle regarde Questions pour un Champion, mais c'est
comme ça, ma mémoire est en forme ! Le problème, c'est que je n'ar-
rive pas à être certaine de l'exactitude de mes réponses, et je n'ose pas
lever la main. Je laisse les autres impressionner le prof, et quand je
sors du local, je me donnerais des baffes !
Mais aujourd'hui, j'ai pris les choses en main, et quand mon prof d'Histoire
de la critique d'art nous a fait deviner un mot, j'ai tenté ma chance, je suis
intervenue et j'ai brillé ! Je suis aussi contente d'avoir osé me jeter à l'eau
que d'avoir trouvé le terme recherché !
Au lieu des baffes, je me décernerais
bien une petite médaille, tiens !
